Vous partez bientôt à l’étranger : vous avez eu l’accord de principe, de votre conjoint. Vos enfants sont ravis, et vous vous apprêtez à faire le voyage de reconnaissance, pour visiter le logement de la famille et le lycée international. C’est le poste que vous attendiez depuis longtemps, car il correspond à un projet professionnel et personnel. Il vous permettra aussi de prendre de la hauteur dans le groupe, après tant d’années passées dans les couloirs feutrés du siège.

  • Quelles questions vous êtes-vous posées avant de partir ?
  • Pour quelle raison votre employeur vous envoie-t-il diriger cette filiale ?
  • Quelles raisons qui expliquent que votre entreprise n’ait pas trouvé localement des ressources suffisamment compétentes pour faire fonctionner les équipes locales ?
  • Quel est le profil de votre prédécesseur ?
  • Quel a été le turn-over des 3 à 5 dernières années sur le poste que vous allez occuper ?

C’est peut-être l’occasion de découvrir, et cela ne doit pas vous décourager, que vous allez sur une mission délicate. Compte tenu des conditions d’expatriation, du salaire, beaucoup en rêvent : aller à l’étranger, découvrir une autre culture, adapter son management à des situations complètement différentes. Mais, une fois sur place, le poste s’avère beaucoup plus politique que prévu et le potentiel de croissance que l’on vous a fait miroiter ne vous semble plus du tout réaliste. Quant à la vie de votre famille, elle peut être magnifique, ou pas si facile que ça… Le lycée français, dont on vous a vanté les mérites avant votre départ se révèle être très en-dessous de vos attentes. Bref, il est trop tard pour revenir en arrière, vous avez déménagé, vous vous êtes installés, l’année scolaire a commencé.

Sachez aussi qu’au siège un certain nombre de personnes ont vécu une expatriation avant vous. Ils admirent votre courage, attendent de vous des résultats, et sont prêtes à vous aider.

Quelles sont les ambitions du groupe sur ce marché dont vous allez bientôt prendre la responsabilité ?

Voici quelques-uns de nos conseils pour réussir votre expatriation :

RECOMMANDATION N°1 – Écrivez et circularisez un rapport d’étonnement dès que possible

En général, 100 jours suffisent à prendre le pouls d’une organisation, à connaître les concurrents et à valider le potentiel de croissance qui vous a été annoncée. Regardez les chiffres inscrits dans le budget et les attentes de votre employeur. Ce document doit être bref, deux pages maximums, et adressé à votre N+1. Il doit comporter un certain nombre de chiffres, notamment le budget de l’année qu’on vous a communiquée, assortie de vos commentaires sans complaisance sur la possibilité ou non de l’atteindre. Parlez aussi de vos concurrents, surtout si vous avez réussi à les rencontrer, ce qui est un gage de sérieux par rapport à la connaissance du marché local.

RECOMMANDATION N°2 – Ne gardez que les meilleurs éléments

Votre mission n’est pas une mission humanitaire ; votre objectif est le développement de l’activité. Dans les filiales lointaines, les équipes en charge du développement peuvent avoir des niveaux de compétences très variables par rapport aux talents dont vous allez avoir besoin. Si c’est votre première expatriation, sachez qu’il existe des écarts importants avec le siège. Ces écarts peuvent être positifs ou négatifs, dans tous les cas abstenez-vous de toute forme de complaisance par rapport aux équipes locales. Seule une évaluation rationnelle vous permettra de constituer une équipe. Vous aurez peut-être à vous séparer d’un nombre important de collaborateurs. Faites-le sans tarder, laisser des personnes dans l’incertitude ne leur apporte aucun bénéfice. Le conseil principal dans la reconstitution d’un capital humain pour diriger cette filiale avec vous est de se séparer des personnes de façon respectueuse. Cela passe fréquemment par une transaction de licenciement adéquate, le respect des rituels du pays ou de la culture en termes de séparation, et l’octroi éventuel d’un package pour l’outplacement.

RECOMMANDATION N°3 – Quelques théories vous permettent d’éviter et les stéréotypes

Chaque pays est différent. Si vous êtes un vieux routard de l’expatriation après le Nigéria, l’Iran, et Panama, il reste des tas de notions de management interculturel à appréhender. Si vous êtes novice, c’est bien aussi. Je vous invite à lire ou à relire les classiques de Geert Hofstede et Fons Trompenaars. Tous deux ont une grande expérience de l’entreprise avant d’avoir enseigné dans de prestigieuses universités.

RECOMMANDATION N°4 –  Savoir préparer son retour

A l’étranger comme en France, le temps passe très vite. Gardez le contact avec vos réseaux internes, profitez de vos retours au siège pour échanger avec les interlocuteurs avec lesquels vous n’avez pas de relations régulières et offrez-leur un partage de votre vision du marché. En étant généreux dans vos recommandations, vous préparez votre retour. Partir en expatriation, c’est bien, réussir son expatriation, c’est encore mieux. Mais la clé est le retour bien négocié. Trop souvent, les cadres expatriés enchaînent les postes à l’étranger sans préparer avec suffisamment de soins leur retour au siège. Pourtant, l’avenir de leur carrière et l’accès à des postes à très hautes responsabilités se jouera dans ce virage délicat. Au-delà du savoir-faire managérial et des compétences techniques, une compréhension politique, au sens noble du terme, des arcanes de votre groupe montrera que vous êtes destinés à prendre un poste parmi les plus stratégiques qui soient.